17.03.2010
L'annonce faite à Marie
1989 (2 mois plus tard) HéPiC chope des morpions - c’est quoi ces trucs qui bougent dans les poils de mon pubis, - je crois que j’ai même posé la question à ma mère ! - et comprend, après un passage chez le toubib, que Maxime est à l’origine des choses, acte 2 scène 4, rupture, dépression (déjà)
1989 - 15 jours après l’épisode morpions : la mère d’HéPic entre dans sa chambre en disant «faut qu’on parle.»
Rhôputain ! ça mouque aux pieds du crassier !
Le paternel s’en mêle, me voilà au tribunal de la Sainte Famille laquelle envisage decrescendo - qu’elle croit - les causes du malaise du Coissou :
-
- Niveau rouge : tu nous ramène une black ou une arabe
- Niveau orange : tu te drogues... (Non maman, pas encore... Mais t’inquiètes ça viendra !)
Je ne me souviens pas avoir réalisé qu’à ce moment, l’idée même que je sois gay puisse ou non leur a ou non traversée l’esprit ; je ne sais pas plus si mon même esprit me joue des tours tant le chemin parcouru depuis est long, mais c’est mon père, cet inconnu, ce silencieux qui dit une phrase du genre «si t’es amoureux d’un garçon, c’est ton problème, mais là ça devient chiant parce que tu stresse ta mère, alors réagis ! ».
Et c’est vrai que ma mère était stressée et que l’ambiance de notre trio était particulièrement lourde.
NDLR : Il me semble plus commode de passer à la première personne du singulier pour narrer la suite :
Cet instant qui venait se de dérouler dans ma chambre, c’est comme si une révolution copernicienne s’était produite dans ma vie : celui que JE considérais comme un concurrent, comme un rustre et pour tout dire, comme l’être le moins à même «de me comprendre» [sur un air de Véronique Samson], lui, mon père, cet inconnu, avait tout pigé, ne me jugeait pas et m’enjoignait au bonheur.
Dire que tout fut simple, après «l’annonce faite à Marie» [néologisme de coming out] serait faux, et pourtant au moment où j’écris tout me semble plus doux, quand bien même je l’ai surprise le lendemain, murmurant au téléphone avec un psychiatre qui était déjà intervenu au profit de quelques membres de la famille, le Dr. Simon. Fou de rage, j’empoignais le combiné (de ces vieux combinés France Télécom qui étaient à l’époque le comble du modernisme en couleur caca d’oie ) et invectivais le praticien :
- Non, je ne suis pas malade
- Oui, je suis pédé
- Oui je suis triste parce que je me suis fait larguer,
- Oui, ça serait pareil avec une nana...
Et surtout, oui, j’acceptais d’être reçu par lui, avec ma mère pour une séance «collective». A cette époque, je faisais déjà un peu de politique !
Le docteur Simon était un vieux monsieur choisi par maman ; il avait donc sa confiance car avait contribué à la stabilisation temporaire d’une autre illuminée de la famille : feue Tante Anne-Marie.
Je me souviens de l’épisode comme s’il s’agissait d’hier : Ma mère et moi nous installons sur les fauteuils, face au praticien, quand celui-ci s’adresse à elle :
-
- je préfère vous voir l’un après l’autre, commencer par le jeune homme, et nous nous verrons tous les trois ensuite.
One point pour ma gueule.
Maman est contrariée, mais obtempère et sort du cabinet.
En face à face avec le psy «je venais d’avoir dix huit ans» [sur un air de Dalida], je réitère mes propos téléphoniques, lui confie mon désespoir de m’être fait plaquer par Max, ainsi que la difficulté qui me parait insurmontable de vivre sous le toit de mes parents dorénavant.
Le docteur Simon a un entretien avec ma mère puis nous réunis tous deux : sa conclusion est empreinte de sagesse et de bienveillance toute salomonesque :
- Non, Madame, votre fils n’est pas malade, et l'homosexualité ne se guérit pas ;
- Par contre, tous les deux, êtes vivez dans un stress intolérable, dont les causes sont différentes mais que je peux traiter : Lexomil pour toute la famille ;
- La question de la décohabitation doit être envisagée avec sérénité.
Au retour, dans l’ascenseur, ma mère, l’oeil noir me dit
- puisque c’est comme ça, assume ! Mais nous n’en parlons plus jamais»
Quelques semaines plus tard, alors que Maxime m’était revenu tel Mathilde, nous déjeunions tous les quatre à la maison de campagne ; force est de constater que nous ne parlions pas d’homosexualité mais que nous accueillions au sein de ma famille mon compagnon du moment (et ils en ont vu défiler des cargaisons depuis). Sans crainte et sans jugement.
Chapeau bas à mes parents ! Né dans l’autre siècle et bien avant toutes les révolutions sexuelles ; ils ont aimé leur fils tel qu’il était et continuent d’être pour moi une référence, un chemin, un point d’appui.
J’aime mes parents.
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13.03.2010
Chaos [2]
L’exercice que je m’inflige ici - retracer le fil du chaos récent - , alors que, cette nuit, je me suis réveillé chaque heure et que je commence à douter qu’une méthode particulière gouverne les Charmilles, m’est douloureux et difficile. Il commence avant l’épisode des fêtes de fin d’année :
- quinze jours avant Noël, nous tremblons tous pour la santé de Cécile, victime d’une hémorragie interne cataclysmique, le week-end même où elle devait venir me rejoindre à Paris. Le pronostic est réservé pendant deux ou trois jours. Ces jours là : je ne vis plus.
- deux ou trois jours avant Noël, Cécile sort de l'hôpital, elle est pâlotte mais assiste au déjeuner traditionnel dans une ambiance de quiétude et de bienveillance qui en dit plus sur les liens qui unissent le clan que toutes les effusions.
- Saint-Sylvestre : je hais l’exercice qui t’expose à chaque fois à ta solitude ; chacun attend le dernier moment pour voir «s’il ne sera pas invité à une soirée plus hype » et ça finit chaque fois en bal des frustrés ; j’accompagne Vince chez des amis d’amis. Rien n’a dire. Ca, c’est fait, dommage que la même question se repose l’an prochain.
- Vince vit désormais à la maison. Ca s’est déroulé par infiltration. Mon espace vital, mon capital de libertés et de connerie est amputé par sa présence, par le génome du couple :
- samedi après-midi au Carrefour de la porte d’Auteuil,
- qu’est-ce-qu’on-regarde-à-la-TV ;
- où passerons nous Pâques ?
- Je suis en totale fausse route ; comme tout mec qui se respecte, je ferme ma gueule, devient de plus en plus désagréable «non t’inquiètes, c’est le boulot». Je veux qu’il comprenne que «j’ai besoin d’air» et que l’air, c’est le «nous» dont il rêve qui me le bouffe.
- fin janvier : week-end désastreux avec Vince à Amsterdam : aucune envie d’y aller, un froid de gueux, les canaux sont gelés. En d’autres circonstances j’aurai adoré. Mais, je sais qu’avec Vince, c’est fini. J’espère qu’il va le comprendre sans que j’ai besoin de le lui dire, couard que je suis. Lui, il s’accroche à ce qui reste de ses illusions, de son besoin de « nous » - plus que de moi - en vie ; sur ce coup, j’ai bien une paire de couilles et m’en sers manière hétéro : courage, fuyons !
- J’en conclue que si je ne suis pas capable de me maquer avec un mec comme Vince, jamais je ne trouverai un gars plus doux, plus aimant. Je me vois finissant seul, en pauvre tafiole vieille et aigrie ; Bridget Jones version HéPiC (ouais, enfin j’avais pas Hughes GRANT en face non plus ! ) Mon besoin de l’autre est impossible à rassasier, mais mon besoin de solitude est cannibale de mon besoin de l’autre, pas facile comme équation (dire qu’il va falloir que je paye un psy pour redire tout ce que je sais déjà !)
- 24 janvier : je propose à Jay de l’accompagner en voiture à Orly - « c’est plus sympa » - pour ses quinze jour de vacances en solo en Dominique. «Ils sont plus de deux mille et je ne vois qu’eux deux»? Il n’y a pas Brel, il n’y a pas Bécaud, mais ni Jay ni moi ne comprenons vraiment pourquoi nous ne partons pas ensemble.
- 28 janvier : courriel de Jay « prends le premier avion et viens me rejoindre, tu me manques »; interloqué, je décline ; quelque chose se résonne quand même au dedans de moi
- 2 février : une bière au Trésor avec Lionel. J’me sens vieux, décalé face à lui qui aurait vraiment pu être un très bon pote si je m’étais fait violence à sortir de ma coquille. Echanges sur notre besoin de militantisme. Je le trouve toujours aussi beau. Au sortir du bar je me sens déprimé : l’effort qu’il m’a fallu déployer pour « socialiser » avcec Lionel est au delà de mes forces ; je comprends que je suis vraiment dans une spirale dépressive dont il sera compliqué de sortir.
- 3 février : déjeuner avec Isa rue Malar dans le 7°. Isa « m’opère », comprend tout, sent bien que je vais mal, mais me dira plus tard combien elle s’est sentie dépourvue pour me venir en aide.
Pendant tout ce temps, au bureau, je fait le clown, j’assure mes dossiers.
- 5 février : «dîner-en-ville» sur les perpectives au travail , le ton est libre, cet entretien consacre mon ancrage dans la société, je n’en tire que du bon.
- 7 février : une demi-douzaine de mecs sont venu se faire baiser chez moi. Le dimache, Jay revient de Dominique : je l’accueille à l’aéroport un peu décontenancé : qui suis-je vraiment venu chercher, mon ex ? mon futur mari ? un pote ? Rien de clair. Il passe l'après-midi chez moi, le temps que son appartement se réchauffe, sieste un peu ; il ne se passe rien, je ne le veux pas. Nous retrouvons d’instinct notre ennui conjugal coutumier ; il veut sortir dîner, je n’en éprouve aucun besoin ; il rentre chez lui. Je rappelle Clément, un plan cul que j’apprécie particulièrement et nous partageons un moment de tendresse intense. J’ai vécu ma tendresse pour Jay par procuration.
- 10 et 11 février : j’annule systématiquement tous mes déjeuners et dîners. Envie de voir personne. Déprime +++. Ce n’est plus une spirale de la dépression, c’est le vortex du cyclone dépressif. Je n’y peux rien, vous : non plus. Ici aux Charmilles; ils appellent ça un trouble du comportement sur une personnalité sensitive, c’est joli, non ,
- 12 février : Cathy annule son déjeuner avec moi et j’en suis soulagé ; vivre me tue ; aimer les gens qui m’aiment me bouffe une énergie incroyable. Premières idées suicidantes.
- week-end des 13 et 14 février : RIEN. Je décline toutes les invitations ; enfin en même temps il n’y en avait pas des masses. avec le caractère que je me traîne, je baise a minima à Berthier 4/6 mecs, je ne sais plus. Je refuse le premier rail de coke qui m’est offert depuis le départ de Jay. Je suis fier de moi ; seul, je suis sorti de cette merde ; je mets un nez dans les retards administratifs et financiers de toute sorte, ait le sentiment que les chiffons de papier me tueront. D’ailleurs c’est décidé, ils me tueront.
- 16 février : je dîne avec Bruno de Grobois, puis à 22 h 30 : j’envoie un texto à ma toubib de ville pour qu’elle m’aide à trouver une structure de prise en charge ; je poste sur FB «traverse un moment de découragement absolu»
-17 février, 4 heures 30 du matin : sur ma demande un toubib de SOS médecin indique le traitement mis en place après que je l’aie appelé et mentionne mon désir de prise en charge : à aucun moment il n’est question d’hospitalisation d’office. Jay est là. Message à Cathy. Je poste sur FB « comme un arrière goût de juillet».
-18 février : première vraie TS. Pris en charge par les pompiers, orienté sur les urgences de Bichât ; je tombe sur un psy compliant qui s’arrange pour me trouver une place à la clinique Montsouris ; j’arrive à la clinique : scène d’hystérie entre patients, je signe une décharge et rentre chez moi.
-Samedi 20 février : 2ème TS, la plus sérieuse. Coma. Admis en réanimation à Lariboisière ;
- 22 février : sortie de Lariboisière : une place m’est trouvée à la clinique de Crosnes sauf que les incompétents en charge de la réservation des VSL oublient ma prise en charge : je ne serait pas transféré dans les temps ; de colère, j’appelle Crosnes, libère la place et rentre chez moi. Je «licencie» dans la foulée mon psychanalyste.
- nuit du 22 au 23 février : nouvelle TS. Le psy de Bichat, dans un premier temps compliant tente de me faire admettre à Crosnes. Echec. Puis à Montsouris : accord est donné, le VSL est réservé ; Jay intervient pour s’opposer à mon hospitalisation en secteur libre et signe une «hospitalisation à la demande d’un tiers» ; Je ne le lui pardonnerai pas, sachant l’état de désolation de l’hospitalisation publique pyschiatrique en France.
- Je suis transféré quasiment nu des urgences de Bichât au 6ème étage de Henri Ey, secteur ferme, grands psychotiques ; me retrouve seul lucide parmi de grands schizophrènes. La procédure suivie par l’administration est illégale puisqu’elle m’a enfermé au 6° pour des commodités de services ne disposant plus de place dans le service adéquat.
- «Mon réseau» prend le relais de Jay, dont je n’aurai plus aucune nouvelle après qu’il ait signé l’HDT «le plus bel acte de sa vie», dixit lui [j’avais assisté à des débats homériques sur l’HDT de son père un an avant !, question de principes, pas possible, etc.] ! Un médecin psychiatre mais intelligent comprend que je n’ai pas ma place dans cette structure et me trouve une chambre aux Charmilles ; j’y arrive dans la même journée à 16h30 en ayant pris le soin de m’occuper moi-même de la réservation du VSL.
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12.03.2010
Chaos (part 2-1)
< J’éprouve le besoin de poser les repères de «ce qui s’est déroulé» - dit-il pudiquement - ces dernières semaines pour mieux comprendre quelles sont les fissures devenues failles, provoquant un collapsus général du bonhomme l’emportant tout entier ; j’ai aussi besoin de mettre cet épisode en relation avec le même «ce qui s’est passé» à la mi -juillet et qui n'avait pas manqué de produire des effets similaires. L’hyperesthésie est évidente, les causes différent, les emmerdements qui s’en résultent, jamais. De loin en loin, j’expliquerai peut-être, et soignerai j’en doute, cette pathologie qui fait de moi cet écorché vif que vous ne parvenez pas tout à fait à oublier, ce JE hypertrophié du malaise qui n’a pas d’autre souhait que de bâtir, en amitié, en amour, des NOUS juxtaposables. J’essaie de vivre. J’écris dont je vis. Parce que pour moi vivre sans m’écrire me tue. Je suis un avorton décalé de la X génération, un MoBo ( demi mobile - moral ; demi - bourgeois - bohème) classifiée comme tel en sociologie. Je suis tout autant dépendant de mon besoin de solitude que de mon rapport aux autres. Je suis de ceux qui pensent que les réseaux sociaux (FaceBook, les blogs, Twitter, voire les chats gays)sont à notre génération de que les antiprothéases ont été à «la génération sida de 1995» : «un moyen de se soigner pour ne pas guérir» (Arnaud Marty-Lavauzelle). Ca ne dure que le temps de faire le deuil de son propre deuil. Je suis de plus un fils de vieux, j’appartiens à une génération sacrifiée, la plus courte de l’histoire (1957-1975), coincée entre l’égoïsme nombriliste des BoBo (tout pour ma gueule, après moi le déluge : ma belle-soeur Bernadette en est une caricature) qui vote à gauche par réflexe (sans regimber à des relents de racisme et qui malheureusement constitue encore l’essentiel de l’appareil du PS). Pour ceux là, le sens du collectif c’est oui mais NIMBY : not in my back yard) . La génération qui suit , celle qui a été élevée avec joysticks ceux que j’appelle les tecknokids (les sociologue les nomment YoYo) débarquent en masse avec les exigences et les repères moraux... de leurs grands parents, les Bobos ! On est niqués ! [sur l’alliance entre CoCo et MoMo vs celle Bobo et YoYO on se reportera à un excellent article paru... je ne sais plus où !] Pour en revenir à ma gueule : je prétends que la faille date de 1878 au moment de la mort de Toussaint BEAUFILS et de a séparation définitive entre les branches légitimes et légitimées qui malgré tout entretenaient des lien (j’en ait la preuve). La chape de plomb qui tombe sur cet histoire est entretenue par les femmes jusqu’en février 1968, date du décès de ma grand-mère. Je naquis en 1969 (un an après que la chape de plomb soit définitivement retombée sur «le secret», et j’emploierait mon adolescence à faire parler les morts : passion pour la généalogie, je renoue par hasard avec la branche aînée et on recolle 100 ans d’histoire qui nous manquait aux unes et aux autres ! On retrouve les tombes. On les fleuris. On ne vient plus de nulle part. Je suis convaincu que ce trauma de 1878 qui s’est abattu sur 5 générations de femmes, de mères, est structurant dans la mémoire reptilienne, de nos peurs. En partie, me concernant, c’est la peur panique de l’abandon qui me vient de là : peur que je tiens de ma mère qui était elle même terrorisée sitôt qu’un des siens avait trois minutes de retard : nulle autre solution que le pire (et le portable n’existait pas !) Mon frère venait déjeuner, 12 h 15 : personne : il était mort ! Il n’y avait pas d’autre explication «raisonnable». La contrepartie de ce type d’environnement, c’est que des personnages comme ma mère ou comme moi - dotés d’un sens de l’intuition hors du commun, on assure comme des bêtes en situation de crise, mais on s'effondre après. [...] Donc, pour vous garder autour de moi [envie], je fais tout l’inverse de ce qu’il faudrait : je me rends haïssable, je vous provoque jusque dans vos ultimes retranchements pour éprouvé le lien, et pleurer ensuite sur la corde qui a cassé. Je construits moi, tout seul, mon cercueil, ne m’estimant «aimable» qu’à l’état de cadavre ! Comme disent les enfants, «ben je voudrai mourir 5 minutes pour voir comment tu pleurerais». Reprenons donc et posons les faits tels qu’ils sont, ils n’ont rien de rationnel, et ne doivent en aucun cas impliquer une culpabilisation des protagonistes. Tout date de cet été, mais ce qui s’est passé cet été couvait depuis le décès des parents de Jay et même avant ! Acte 1 : -14 juillet dernier : c’est l’anniversaire de Demonz ! Mon vieux Demonz ! J’ai toujours eu une «amitié particulière» pour David, dans sa générosité comme dans ses excès ; je n’ai eu de cesse de combattre son «entre libre et heureux j’ai choisi libre» tant jusque là je croyais qu’on pouvait aimer non l’amour, mais l’autre. Depuis, j’ai changé et je me range à sa devise. Le hic, c’est qu’à l’anniversaire de Demonz, je savais devoir rencontrer toute une bande d’anciens potes avec lesquels je suis brouillé à mort ([es pédales entre elles c’est pire que les goudous] et que je ne me sens pas d’y aller seul... Sur ce vieux conflit ne pas avoir tord : j’ai juste refusé de prêter foi et hommage à un tout-petit-baron de Marais, donc baste ! Il n’en demeure pas moins que je suis couillemollisant, que je trouve compliqué de les «affronter à solo ; je propose à Jay de m’accompagner. J’en informe Demonz. Refus poli de Demonz sur le ton « l’appart’ est petit, j’peux pas accepter les extras». Dont acte ; je n’irait pas à la soirée... Et c’est là, à ce moment précis, que se génère dans mon cerveau malade un « délire «que j’ai été incapable de maîtriser : J’étais invité chez Demonz Dès lors que l'informe que je venais avec Jay, il refuse ; Jay est un facteur d’exclusion sociale ; Le comportement induit par ses addictions de Jay sont la cause de cette exclusion et de toutes celles qui ont été vécues avant ; Il faut donc détruire Jay ; Je me détruis moi pour détruire Jay. Spirale vicieuse, explosion sur base de manipulation entre une personnalité impulsive et sensitive (moi) et une personnalité mythomane et victimisante. Résultat : TS, urgence de Bichât ; fugue des urgences, retour aux urgences décharge de responsabilité, je me retrouve sous Prozac sur le divan de Dé à deux séances par semaine Analyse a posteriori : un garçon aussi sensé que moi se rend parfaitement compte de la disproportion entre « l’origine du mal » et les urgences de Bichât ! Mais à aucun moment du processus je n’ai été en mesure de le faire cesser ; pire encore, l’attitude de Jay l’a attisé parce que dans ces épisodes j’abdique tous mes droits, y compris mon bon sens paysan à un tiers. Et ce tiers, c’est lui. C’est quasi pavlovien. Cette histoire, teintée de cocaïne, a duré six ans. Comme disait les vieux, ça a duré aussi longtemps « parce que c’était lui, parce que c’était moi », que notre histoire tenait sur un trépied Eros, Thanatos, et nos Ego. J’étais le seul à faire des massages cardiaques à Eros. C’était foutu d’avance. Je reviendrai plus tard sur la situation d’imposture qui a été à la base de ma relation avec Jay. Mais le prochain acte que je vous livrerai (que je me livrerai, parce que la démarche est bien thérapeutique) , c’est ce qui s’est passé début février. Et la, dans le mauvais mélodrame gay, on a fait fort, surtout moi !
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09.03.2010
La vieille du premier
Au premier étage des Charmilles, à deux portes de ma cellule, y’a une vieille.
Enfin quand je dis vieille, elle a cinquante-cinq, soixante ans à peine mais semble en porter un tiers de plus sur ses épaules.
Elle est paumée la vieille.
La vieille, y’a des jours çà va ; y'a des jours, çà va pas.
Ca dépend si sa fille lui répond au téléphone ou pas. Une fille ? je ne suis même pas certain qu’elle en ait une, la vieille.
Je devrai peut-être faire çà, moi, m’inventer un compagnon imaginaire, qui me tiendrait toujours compagnie, qui ne me décevrait jamais.
Aujourd’hui on est dimanche.
Aujourd’hui, j’ai pas mis un pied hors de ma cellule. Aujourd’hui tout mon être était à vif.
Aujourd’hui, j’ai demandé que personne vienne me voir, ni ne m’appelle.
J’attendais avec impatience 21 h 30 qu’on me donne le Théralène, afin que je m’enfonce dans un somme agité, mais qui parenthèse huit heures du quotidien.
Aujourd’hui j’avais besoin de moi.
Il y a des jours comme çà ou çà va pas ; moi, c’est comme la vieille.
Ce soir, j’aime autant ne pas être chez moi. J’les sens, les failles. J'en ai parlé à de Mesles qui comme moi ne voit pas ma sortie précoce. Il faudra bien pourtant, un jour.
Comme dans la chanson de la Môme, je hais les dimanche. J’ai détesté celui-ci.
En fin d’après-midi, Enguerrand m’a téléphoné, j’ai pas répondu. Enguerrand, c’est un aristo, marié, père de famille trois mômes - qu'il dit - qui vient de temps à autre se faire sauter quand ça gratte trop, qu’il en a marre de troncher ça grosse. Juste avant Vêpres. Enguerrand est vraisemblablement mytho puisque j’ai compulsé toute la descendance de la famille ducale dont il prétend rejetonner , mais à aucun ni ait jamais trouvé ce prénom.
Je sais trop "ces familles" peu promptes à l'originalité, ni à l'interruption des lignées qui rattachent pas des Alain ou des Josselin, des Guy et des Armand, dix siècles d'histoire.
N’empêche, ça me fait toujours triper un peu de sauter un faux marquis, de me faire pomper par un pseudo prince pontifical. En plus il a des manières. C’est courtois et civil même si ça reste une sodomie. J'imagine pour pour nos amis des anciennes colonies, le cul des blancs peut parfois être un ersatz de vengeance des méfaits de notre impérialisme éclairé. J'ai des potes qui adorent. Moi, j'suis juste parti en courant devant un blackos qui alignait un matos où même avec deux mains j'arrivais pas !
J’ai donc éconduit, ce soir, ce cher Enguerrand Il se servira de sa main droite, ou de sa grosse. A sa guise.
Loi des séries : peu de temps après c’est Brice qui réclamait son coup dominical. Pas Hortefeux le Brice, plutôt tout le contraire, un laskard, un keumé de 25 piges t déjà plombé, qui rapplique souvent en fin de week-end. Ca veut dire qu'il a fait la tournée des soirées parisiennes, qu'il s'est déchiré à la C et au reste pendant trois jour, qu'il est "grave och" et qu'il est disposé à tomber comme un fruit mûr. Comme on est voisin, quand je suis là, je j’rends service.En plus j’l’aime bien Brice. On ne partage rien d’autre que les réponses de nos corps.
Mais bon, ce soir, ce sera sans moi : je suis aux Charmilles.
Au premier étage, la vieille gueule toujours.
Moi j'ai pourris ma troisième blonde de chez Orange - France-Télécom : ma connexion 3G merde et que j’peux pas poster en instantané. Et ça, c'est un vrai problème. C'est comme ça, moi, quand j’écris. C’est tout de suite. Maintenant. Y’a urgence parce que dois savoir que vous pouvez me lire, me faire un retour : c’est bon ou pas bon. J’parle pas du fonds, j’cause juste des mots, de leur «certain assemblage».
Je sens que ça y est, que c’est revenu. Les mots. C’est revenus parce que les maux sont aussi là de nouveau. Je suis mal donc j’écris bien.
Mes meilleures pages seront d’outre tombe.
HéPiC
11:33 Publié dans NDLR et vrac | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
08.03.2010
"les veilles d'Essence" - Chronos [part. 3-2]
1988 : dépucelage par Christine, fille de cheminot levée en compagnie de Jacques au bar du Casino de Montrond-les-Bains, tripot bouseux de province. Ne se souvient plus, ladite a du être chopée pendant les slows. Par erreur.
Christine vit dans un deux pièces plutôt moche, place Chapelon près du quartier de Valbenoite.
Dans cet endroit, dans cet immeuble même, Hépic sait que 110 ans auparavant son trisaïeul, Toussaint Auguste BEAUFILS, installait à la faveur des événements communards, sa bien aimée et leur bâtardise : Jeanne-Louise, Henry et James. Les ouvriers de la soie des deux villes de Lyon et Saint-Etienne, les canuts, ont fait trembler le pouvoir conservateur qui tentait de s’installer après que Sedan ait tué l’Empire. L’heure de la République à sonné, les aïeux d’Hépic ne craignent plus rien... qu’ils croient.
Il n’y a pas de hasard qui tienne.
Toussaint meurt en 1878 dans des circonstances douteuses ; sa descendance est déclassée/
Pendant de nombreuses années, Hépic fera fleurir sa tombe , au cimetière Saint-Claude de Saint-Etienne ; il revendique même le droit de s’y faire, en partie inhumer, en partie, car, comme les rois, HéPic entend avoir plusieurs sépultures [cinéraires]
-1/4 sera répandu au jardin du souvenir du père Lachaise, après l'incinération au crématorium dudit ;
-1/4 sera disséminée au Mont-Monchet, patrie de mes aïeux
-1/4 sera inhumé aux côtés de Toussaint Auguste Beaufils.
-1/4 sera répandu autour de l'église de Saisy, au diocèse d'Autun
En guise d’épitaphe, les parents de Toussaint, qu’Hépic soupçonne d’avoir poussé leur fils au suicide dans le château familial de Soleymieux, l'épitaphe orne le Carrarre
«TOUSSAINT BEAUFILS 1840-1878»
on a fait graver en plus :
Il fut bon fils.
On a omis d’émettre qu’il fut sans doute le meilleur père, bravant les interdits sociaux et moraux pour établir ses enfants, dont ma bisaïeule, morte en 1902, quand sa fille, ma grand-mère n’avait que 4 ans...
Hépic écrira «Je crois beaucoup à la psychogénéalgogie, à la transmission des angoisses séculaires, spécialement par les lignées féminines.
Ce lien particulier avec Toussaint Auguste, cet aïeul de substitution n’est pas anodin. HéPic lui a redonné son histoire, sans lui, Toussaint serait tout à fait mort.» Hépic restera convaincu que sa hantise de l’abandon trouve sa genèse en 1878.
[fin du flash-back] Le premier coït hétérosexuel d’Hépic se déroula donc dans ces lieux familiaux qu'il savait porter une histoire lourde ; les fantômes de Toussaint, de Maria semblent le guetter ; cette première fois ne fut ni Waterloo, ni Arcole et HéPic se demanda pourquoi on faisait tout de foin de cet accouplement vulvaire et vulgaire.
S’empresse à «faire savoir» à ses parents» que «Christine» existe comme s’il pressentait que ça serait toujours ça de pris !
1988-1991 double vie d’HéPiC (dans le même temps, double vie de Véronique, mais c’est un autre sujet) :
vie diurne et week-end entre hétéros-ruraux avec son pote Jacques de Ventressac ; enchaîne les petites amies : Marie-Françoise, Mireille, Chrystel, Corinne ; Yannick (au féminin) ; Marie-Christine...
A flashé sur une fille de la fac qu’il juge complètement inaccessible : brune, regard glacila, sourit quand elle se pince... Catherine (laquelle se tapait un certain Maurice dont HéPic aurait aussi fait son 4 heures.).
Cathy déteste HéPic qu’elle considère, non sans tord, comme un faux bourge, vrai con de «droite molle» ; [NDLR : à cette époque Cathy est de la droite pas-molle-du-tout et j’ai des preuves - ]
C'est lors de cette déconvenue qu'Hépic décide de vraiment devenir pédé.
Pour autant, il enchaîne les lundis après-midi dansants au Lido du Pertuiset, agrémentés de défis à la con : avec Patrick, Jacques de V. .Le challenge est souvent : «celui qui se tape la plus moche» se fait rincer à l’oeil par les autres, HéPic remporte une seule fois le concours avec une certaine Pierrette, 65 ans au compteur , gaufrière au kiosque de la place du Peuple !
Se rend compte que rouler une pelle avec un dentier c’est pas glamour. Décide de ne plus manger de gaufres.
En vie nocturne : 80 Km parcourus en auto, par soir entre les parkings de la Plaine-Achille et de la Place Carnot à Saint-Etienne en se demandant bien quel est le but de ce ballet de conducteurs de voitures, en solitaire, et qui se met en place à la nuit tombée ; se dit qu'un jour il l'écrira. Aà 600 pages de manuscrit sur le sujet chez lui (Note pour moi-même : penser à les brûler)
Pentecôte 1988 : comprend enfin ce qui se trame sur ce foutu parking ; première pipe (à, ou par) un syndicaliste CGT de Berthiez, un vieillard de 30 ans, expérience désastreuse.
- Rencontre furtive avec un ouvrier portugais sur U2 «Totasky», premier vrai émoi, lusitanophilie assumée.
Premier amour masculin : il était boulanger et poilu, s’appelait Roland et roulait en supercinq GTL rouge. HéPiC est convaincu que c’est l’homme de sa vie. Découverte avec Roland du «milieu» gay local forézien (très, très local) :
- le Sax, discothèque à Semène-sur-Loire où le premier jour pense que la patronne est en fait un travelos alors qu’elle a juste mis une ‘tite robe en Jersey ; se souvient de Bruno, animateur inimitable avec une mèche balayée que même Dave ne parviendrait pas à la faire égaler (et heureusement)
Crise de rire avec mes copines travelos : Bernadette, Tagada et Lady Caravane (réplique culte «c’est la Toussaint ou t’as mis un costume !)< ;br /> La crêperie «chez Shakette» : ioù Hépic se souvient d’avoir fêté là bas une annonce de séropositivité : Champagne pour tout le monde en 1990 ; bulle en novembre, cendres an avril.
Le sauna de l’avenue de la Libération (même les services d’hygiène de la ville avaient renoncé à y passer ; le préso était à 2 Francs ; les morpions gratis.
L’Ange bleu, bar tenu par deux filles (on ne dit plus colleuses de timbres) qui s'expliquaient régulièrement à coup de flingue (véridique) : mais putain qu’est ce que c’était drôle !
1989-1993 cursus de droit à l’université de Saint-Etienne ; bons souvenirs ; deux fois major et je vous merde !
1989 rencontre avec Maxime, quasi sosie de Jacques Brel jeune. Max dédicace «Ma plus belle histoire d’amour» de Barbara à HéPic baisant dans la nature sur les hauteurs de Saint-Etienne. HéPiC est amoureux. Hépic est pédé. Hépic commence à vivre.
Ca va pas durer.
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05.03.2010
Chronos [part.1]
Puisque je dois tout dire : je précise que je ne me prends nullement pour un auteur. Je sais n’avoir aucun talent littéraire. J'accepte qu’on me trouve de bonnes qualités rédactionnelles, et encore pas toujours ! Je suis ici narrateur de ma vie, avec un objectif : la faire durer un peu puisque c’est bon pour la santé.
Je me mets à nu. Devant vous. Sur Facebook. Je sais déranger certains : un réseau social ne serait pas fait pour ça. A mon sens, c’est tout l’inverse, le réseau social est un media universel. Une somme de monographies de nous, millions de semblable, un bottin ou tu restes le maître de tes propres rubriques. C’est moins prétentieux que le who’s who et plus efficace que les RG.
J’ai décidé d'euthanasier mes tendances schizophrènes ; avant j’avais des profils publics et des profils privés.... Je les réunis dorénavant sur un seul afin que ce que j’écrive lève une de mes angoisses : la crainte de ne pas laisser de traces de moi, après ma mort. Et ma mort, je la porte au quotidien.
L’idée est ici, à la manière des repères chronologiques préfaçant une oeuvre littéraire de dresser les grandes lignes de la biographie de l’auteur. Au second degré, et sans prétention, ça pourrrait donner quelque chose comme ça :
Ascendance et contexte familial
L’ascendance paternelle est constituée d’une vieille famille paysanne attestée au Diocèse d’Autun dès 1580. La bonne branche de la famille est dorénavant propriétaire du domaine de Montrachet (21).
L’ascendance maternelle est plus complexe : la famille Chanteloube est une maison de riches paysans connue aux confins du Gévaudan et de la Margeride dès la fin du 17°. le hameau de Chanteloube (Auvers) semble être le pays d’origine de la famille qui y subsite encore.
La grand-mère maternelle d’HéPic - qu’il n’a pas connue - restera toujours un personnage clé. Anaïs B. est en effet issue d’ue branche légitimée d’une riche famille de soyeux stéphanois, les BEAUFILS , ainsi que de hobereaux de la Margeride : la maison de BEAUMONT du BESSET et les de CRUSSOL des EPESSE, par ses deux illustres familles HéPic se trouve arrière petit neveu du baron des Adrets et du Général Lafayette. Cette lointaine ascendance aristocrate a conduit HéPic à opérer par pure prétention une tentative avortée de relèvement de nom, épisode dont il s’est ensuite senti ridicule toute sa vie ce qui ne l’a pas empêché de s’inscrire au groupe des descedndants de Charlemagne, dont il aligne 13 fois la présence dans sa généalogie. Toute sa vie, Hépic sera passionnée de généalogie.
8 août 1969, naissance à l’hôpital Bellevue de Saint Etienne de Henri, Menuisier et de Marie-Joseph C., couturière. HéPiC est de 14 ans le cadet de, Marc, et de 13 de Jean-Pierre.
1972 - 1976 scolarité aux écoles des rues Basson et Paillon à Saint-Etienne
Août 1976 : la famille déménage de la maison « historique » du chemin des villes, pour s’installer dans une «cage à poules» aux pieds du crassier du ¨Puits Couriot qui venait de fermer ses galeries trois ans avant. Au moment de quitter des la maison, devant la crise d’hystérie de l’enfant la mère d’HéPiC a du confectionner une paillasse faite de vieux journaux - refus de quitter la maison familiale. Ce trauma du déménagement non expliqué, contraint, reviendra sans cesse d dans toutes ses démarches analytiques ou psychanalytiques
1976-1980 scolarité à l’école Victor Duchamp. Gamin solitaire, noue peu de contact avec ses semblables. Fils de vieux - ses parents l’ont eu à l’âge de quarante ans ; ne se sent « pas comme les autres » après avoir incidemment appris qu’il n’avait pas été réellement désiré.
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03.03.2010
Les diarrhées nécessaires
post censuré en partie à la demande de connaissances sensibles
Le docteur de Mesle est un homme très courtois, de bonne famille, aux manières convenues et convenables. Nous nous entendons très bien et je pense que notre coopération peut-être fructueuse. Notre coopération certes, mais pour quoi faire ?
Aller mieux ? Quel leurre ! Le docteur de Mesle n’aborde pas même cette perspective dans nos entretiens. Convenons donc que pour le moment nous échangeons des propos d'honnêtes hommes !
Il m’a visité fort tard hier, il était onze heures du soir passés. Aujourd'hui, le docteur de Mesle est de repos, j’ai rencontré son assistante, de dix ans ma cadette. Le contact est très moyen : je doute pouvoir lui reconnaître une légitimité à intervenir dans la phase d'analyse en cours, son seul mérite sera de combler l’espace vacant des deux jours de congé de Mesle.
Il n’est donc pas question pour moi d’aller mieux ; il s’agit de mourir plus sereinement, en gâchant le moins possible la vie de mes proches par des tentatives de suicide récurrentes dignes de Zaza Napoli, en suçant deux boites de bromazepam puis en passant de pathétiques coups de fils d’adieux.
Je me fais peine, souvent, vous savez !
La solution je la sais : c’est de cesser de jouer le résistant à la colonisation de mon corps par le virus VIH quotidiennement. Je dois abdiquer à la manière qu’on le faisait pour les véroles de grand-papa, les coloniaux de la grande époque, syphilitiques jusqu'à la moelle !
J’ai les moyens d’un suicide par abstention : je n’ai même pas à poser un préavis de grève de thérapie. En un an ou deux ça sera plié et personne n’aura eu son mot à dire.
Pour l’heure, prenant deux fois par jour mon traitement, je vote deux fois OUI à un référendum pour cette chienne de vie. Depuis 18 ans.
Pas de traitement = une charge virale qui explose, des CD4 qui chutent, des maladies opportunistes qui se feront un plaisir de trouver le courage que je n’ai pas vraiment. Le cancer de l’an passé n’était qu’un amuse-gueule, ou plutôt un «agace-cul».
La même année dernière, j’ai manqué de justesse jouer la carte de l’hépatite C. Faut dire qu’il était magnifique mon prince de far far away, ce beau brun aux yeux bleus, aux muscles puissants, de quinze ans mon cadet. Il m’appelait «son vioque» et m’avait refilé le cadeau lors d’une séance de baise particulièrement virile, mais pas inintéressante. On avit causé équerre ensuite.
Co-infection VIH-VHC : bonnard pour l'Hépic ! Le cas était réglé. Sauf que j’ai eu la malchance de faire partie des 20 % de séropos qui évacuent le virus mystérieusement. La tuile.
C’est précisément ce mois-ci que mes meilleurs potes (je les considérai comme tels) , PVA, Nico et Flo m’ont rayé de leur entourage. Non sans raisons valables sans doute puisque ce sont les leurs. Je leur l'accorde qu'il n'es pas drôle de fréquenter un pédé drogué malade... C'est pas drôle quand il ouvre sa gueule pour dire ce qui cloche dans la relation entre "le groupe. Ce jour là, en cascade j'ai été viré de 10 pages de facebookers, dont un bon tiers sont membres de confréries ou fraternité et solidarités en sont soit disant les deux mamelles nutritives. Puéril mais redoutable : plus d’invitations, plus de sorties.
Le goût de l’isolitude qui revient. Pédé, séropo coinfecté, le nez dans la coke avec la volonté solitaire d’en sortir mais l’opposition résolue de mon conjoint. Je gère des problèmes de tune interminables noués il y a dix ans et pas arrangés par la colombienne.
Mais j'ai décidé de lutter, de reconquérir un sens pour mon histoire, une dignité pour ma personne, et de revoir les règles de ma gouvernance. Pour résumer, j'ai décidé d'être libre plutôt qu'heureux (DZ)
J’ai réalisé l’égoïsme infini du milieu gay parisien, ses facettes grégaires inaccomplies excluant toute notion de solidarité et classifiantes fuckable / unfunkable.
Pédé ! Connais ton meilleur ennemi : tous les matins, en te rasant.
A cette époque Hervé Gaucher est mort du sida, et je crois que c’est Thomas Doustaly qui a fait un bon papier dans Têtu. Mourir du sida en 20008-2009, c’était déjà pass RNB, crever du sida en 2010, c’est en solo, comme Mano.
J’ai compris que si je ne voulais plus subir, je devais tuer d’abord. J’ai pris les pailles de mon ex mec, sa coke et son sac à dos et je l’ai viré sans me soucier où il allait dormir ; chacun sa merde. Six ans de vie commune, ce mec vient de perdre père et mère, je le fous dehors. Le salaud,à ce moment précis : c'est moi et je le sais. J’endosse le costume avec brio. On m'a encore fait remarquer hier soir que le vert- de-gris, me seyait bien.
Que me demande-t-on aujourd'hui ? d'être reconnaissant à un tiers d’avoir « sauvé ma vie » : mais j'en veux pas de cette vie ! Bordel !
Je peux pas pardonner parce que je l’ai trop supplié ce conjoint de ne plus ramener de coke à la maison, parce que que par trois fois me suis retrouvé aux urgences vitales en arythmie ou tachycardie délirantes.
Je ne savais pas dire non quand je sentais la blanche à la maison. Je savais où il la planquait. J'étais devenu un vrai clébard renifleur.
Je peux pas pardonner parce qque cet hommel n’entendait pas mon besoin de sanctuarisation de l'espace commun. C’est un peu comme si un couple alcoolique s'était défié pendant un an de ne pas boire en ramenant chacun chaque jour sa bouteille de gnôle.
J’ai au moins gagné ce combat : je suis clean aujourd’hui et ça, je ne le dois qu'à moi, sans aide ni médicamenteuse, ni de psy, ni rien. Juste un instinct de conservation (j'ai pas dit de survie, c'est là qu'il y a contradiction)
J’ai viré ce garçon au prix de brisures infinies. A mon sens (certes défaillant) ce gars était donc la dernière personne à pouvoir signer un «HDT» qui s’est terminé par une hospitalisation d’office de trois jours au 6ème étage de l’Hôpital Henri Ey. Et si Henri EY n'est aux services psychiatriques ce que Clairvaux est à la pénitentiaire, c'est bien un hôpital publique pour psychotiques lourds et ça restera pour moi une expérience traumatique sévère, d'autant plus qu'une alternative existait en clinique "soft" mais que mon ex a exigé que je sois hospitalisé dans le service public "hard".
J’ai conscience de mettre en risque une bonne partie de ma carrière professionnelle en déballant tout cela, là, mais j’ai plus le choix, c’est une question de survie, et survivre, c’est ce que vous voulez pour moi, non ?
Hier, mon ex m'a écrit que cet acte (l’HDT) était « le plus beau, le plus aliénant, et le plus foudroyant » de son existence. (NDLR : les fautes ont été corrigées par compassion)
On m'interdit les commentaires.
Ne me reste que l’autoflagellation, ravaler ma fierté et rester le plus longtemps possible aux Charmilles.
A tout bien réfléchir : c’est bien fait pour ma gueule. J’avais été prévenu. J’ai installé un mec chez moi en moins de 15 jours soit disant logisticien pour Médecins du Monde, en partance pour Rio. J'apprit beaucoup plus tard que mon ex était en galère, sans moyens de subsistance.
Je suis colère.
Je suis colère d’être entré dans cette histoire sans avoir jamais été vraiment amoureux de ce garçon, et qui m'a confirmé que l'exacte réciproque était vraie.
J’suis colère parce que feu se père, jusqu'à son dernier souffle a tenté d'éteindre qu’il restait en vie et que pour ma part, il y est parvenu.
Je trouve injuste de passer à mon tour pour le bourreau-de-ce-pauvre-garç
Rendez-moi mon Gland !
BQ (Bulletin quotidien, comme promis)
J’ai décidé de fondre les BQ dans l'Orée du fou :
Humeur donc morose toute la journée malgré la visite de Gisèle et de son sourire ; en voilà encore une qui est tombée de sa chaise quand elle a découvert que HéPiC était en fait un garçon isolé, sans trop d’amis, qui n’hésite pas à claquer 20 € pour passer, après la messe, le dimanche au bordel pour baiser par désoeuvrement. Je ne sais plus disait que ce qui distinguait l’homme de l’animal était que l’homme mangeait sans faim, buvait sans soif et baisait sans envie. La formule, du 18ème si mes souvenirs sont bons, me semble rester d’actualité.
Puis furent trois heures administratives réglementaires : avec la Compagnie d’assurance pour la réparation des dommages causés par l’intervention musclée de la Brigade des Sapeurs Pompiers de Paris. Coup de bol, je suis tombé sur une «assureurse militante» disposée à me simplifier la vie ; qu’elle en soit remerciée.
Ce mercredi a aussi été marqué un combat contre des chiffons de papier : j’ai tenté en vain de comprendre pourquoi Orange souhaitait que je paye une troisième fois une facture déjà réglée avant, de guerre lasse, de lâcher une nouvelle fois le code de ma CB à l’agent au bout du fil, de crainte de n’avoir, à mon tour, son suicide sur le dos.
J’achevais enfin cette journée en établissant deux chèques conséquents à Monsieur le Trésorier payeur du 17ème arrondissement, le remerciant au passage de sa décision implicite d’acceptation de délais de paiement puisqu’il ne m’a pas, jusque là, collé les corbacs au cul.
Je crois que c’est là la seule conclusion possible de ce billet est que je ne suis pas un garçon très malin. Touchant peut-être, mais conne, sûrement !
11:05 Publié dans chapitre 1 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
02.03.2010
Ego
Ego.
Vous me nommerez HéPiC, acronyme de mes patronymes.
L'orée du fou devait être un bouquin... puis un blog. Mais des blogs, j'en ai tenu pendant des plombes, vous me lisiez, vous m'adoriez (Essayer encore, Epektasis, etc.) Pour vous, j'étais Phil, pour moi, vous étiez le fil.
Sans fausse modestie, je reste dans le top vingt des blogs des pédales ou quasis pédales parisiennes des années 2000. Bon d’accord, c’est une niche mais pas pire que celle des 16 tocards qui se prennent pour des fermiers au fin fond de l’Afrique, ce qui est une injure même au métier d'agriculteur.
J’étais de ceux qui ont animée la fameuse blogosphère parisienne avec Lionel, Brad Shaw, Demonz, Mort ou Vif, Creaminal, Clown Barbare (désolée Graz de te ranger au rayon gay), Erik Rémès, Soleil Même (idem Cécile, ton hétérosexualité ne t'exonère pas du Rayon) Nightcrawler, Matoo, Salades composées, Vu d'en Face, Buel...
Moi, j'ai commencé à écrire en 2003 et cela continue toujours plus ou moins sur Epektasis. Sept ans de production épistolique (sic)... L'âge de raison. Souvent cru mais jamais vulgaire ni trop couture, j’ai pendant tout ce temps protégé les miens du récit de ma vie parisienne, de mes nuits fauves, de mes fins de mois qui débutaient le jour du versement de la paie, de mes amours calamiteuses, et de mes amitiés mitées (pas toutes, heureusement).
Pendant ce temps, on s'est aimé, on s'est lu, on s'est injuriés, on a couché, on s'est rencontrés, on s'est déçus. On a vécu et il restera ces traces de nous en vie, ces traces de nos vies.
J'aimais bien ce que disait PaCa du blogging: c'est de la « littérature solidaire », directement du producteur au consommateur, sans fric quand tant de mauvais auteurs gagnent leur vie avec de la merde en pavés. Pourquoi quelques bons polémistes, ou quelques fondamentalistes du bien rédiger ne pourraient pas aguicher le sens critique des masses en écrivant gratis ?
Putain ! Gros mot ! J’ai écris Ecrire.
Ben ouais, même si je ne suis pas Céline, même si je ne serais jamais Guibert, ni Dustan, HéPiC revendique sa place dans les seconds rayons, à l’arrière des bibliothèques, là où l’on range les monographies des villages auvergnats photocopiées ou ronéotypées, de ces mémoires vernaculaires. Ben voilà, c’est ça, l’Orée du fou, un témoignage vernaculaire sur la fin du sida à Paris en 2010. Pas d’autre prétention.
Aujourd’hui, je tombe le voile, et je publierai sur ma page Facebook, mais pas directement sous mon nom ! C’est très blonde attitude. Et puis HéPiC, j’aime bien comme nom de scène, d’abord parce que cela veut dire que j’endosse un costume, que fiction et réalité resteront entremêlées. Vous ne saurez donc jamais vraiment ce qui est VRAI de ce qui ne l’est pas. Et puis du porc-épic à l’épopée épique, tout me va.
Ce pseudo-pseudonyme est aussi un cache sexe dans un monde (celui de la rue !) qui est capable dans le même temps d’honorer par des tee-shirts un trader qui a planté 5 milliards d’euros sans même qu’un pauvre en profite, dans un monde où l’on considère qu’il est de bon ton de collectionner les mises en examen aux côtés des bleuets, des rosaces ou du poireau (Solférino et la Boétie, même combat)
Quand une famille compte parmi ses membres un dépressif lourd elle est désabusée, démunie. Elle souffre et le dépressif culpabilise de la souffrance qu’il inflige à sa famille. Il se créé, en quelque sorte, une souffrance de plus.
J’ai quarante ans dont dix-huit partagés avec le sida. J’estime donc avoir à peu près 58 ans. Je viens de frayer avec la mort une nouvelle fois. C’est une drôle d'histoire entre elle et moi : on se cherche, on s’évite, on se renifle comme deux chiennes.
Sans dramacouinage, je sais que je rentre dans l’ultime phase de ma maladie, parce que même si «ça ne se voit pas», mes kilotonnes d’antiprothéases m’ont bien ravagé les viscères ; et puis je ne sais plus si j’ai vraiment encore envie de me battre comme un chien. Je suis fatigué, j’éprouve le syndrome de Richard Brown, Mrs Dalloway !
Soyons lucides, trois tentatives de suicide ratées en deux semaines, un internement en service psychiatrique lourd - certes en dehors du respect scrupuleux de la légalité, et , il faudra bien que je règle ça avant de crever, histoire d’être à la hauteur de ma réputation ; - cinq tentatives d’autolyse lamentables en deux ans, et peut-être bien sept ou huit depuis 18 ans.
Si je compte bien, je tente de me tuer une fois toutes les trente semaines. J’y parviendrai donc bien un jour. En attendant, et à côté des démarches thérapeutiques, ou préventives que j’ai activées - et je dis bien que j’ai activées, j’éprouve le besoin de tenir ce journal de bord de ces semaines d’internement en clinique psychiatrique. D’abord parce que je crois que la société est plus forte contre les maladies lorsqu’elle leur donne des visages, ensuite parce que je suis de tout coeur avec Pierre Bergé : le rapt du Téléthon sur la générosité publique ampute les programmes de financement au profit d’autres maladies : notamment la question de l’isolement et du vieillissement précoce des séropositifs, en France mais aussi en Afrique, Continent «géno-sidé»
Voilà donc projet que je vous propose : L’orée du fou. Que les membres de ma famille m’accordent leur indulgence, ils vont découvrir un frère, un oncle dont ils n’ont sans doute jamais imaginé à quel point il était mal dans sa vie, dans sa ville, dans son histoire se sentant posé là, par hasard dans le meilleur des cas, par erreur dans le pire.
Pour finir : j’ai légalement le statut de rédacteur en chef de cette page, tous les commentaires seront modérés. Enfin, sur simple demande, les référencements systématique aux personnes disposant de pages Facebook seront aussi supprimés. En préventif, vous pouvez déjà m’indiquer en privé si vous refusez d’être mentionnés (s’adresse essentiellement aux anciens bloggeurs).
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