13.03.2010
Chaos [2]
L’exercice que je m’inflige ici - retracer le fil du chaos récent - , alors que, cette nuit, je me suis réveillé chaque heure et que je commence à douter qu’une méthode particulière gouverne les Charmilles, m’est douloureux et difficile. Il commence avant l’épisode des fêtes de fin d’année :
- quinze jours avant Noël, nous tremblons tous pour la santé de Cécile, victime d’une hémorragie interne cataclysmique, le week-end même où elle devait venir me rejoindre à Paris. Le pronostic est réservé pendant deux ou trois jours. Ces jours là : je ne vis plus.
- deux ou trois jours avant Noël, Cécile sort de l'hôpital, elle est pâlotte mais assiste au déjeuner traditionnel dans une ambiance de quiétude et de bienveillance qui en dit plus sur les liens qui unissent le clan que toutes les effusions.
- Saint-Sylvestre : je hais l’exercice qui t’expose à chaque fois à ta solitude ; chacun attend le dernier moment pour voir «s’il ne sera pas invité à une soirée plus hype » et ça finit chaque fois en bal des frustrés ; j’accompagne Vince chez des amis d’amis. Rien n’a dire. Ca, c’est fait, dommage que la même question se repose l’an prochain.
- Vince vit désormais à la maison. Ca s’est déroulé par infiltration. Mon espace vital, mon capital de libertés et de connerie est amputé par sa présence, par le génome du couple :
- samedi après-midi au Carrefour de la porte d’Auteuil,
- qu’est-ce-qu’on-regarde-à-la-TV ;
- où passerons nous Pâques ?
- Je suis en totale fausse route ; comme tout mec qui se respecte, je ferme ma gueule, devient de plus en plus désagréable «non t’inquiètes, c’est le boulot». Je veux qu’il comprenne que «j’ai besoin d’air» et que l’air, c’est le «nous» dont il rêve qui me le bouffe.
- fin janvier : week-end désastreux avec Vince à Amsterdam : aucune envie d’y aller, un froid de gueux, les canaux sont gelés. En d’autres circonstances j’aurai adoré. Mais, je sais qu’avec Vince, c’est fini. J’espère qu’il va le comprendre sans que j’ai besoin de le lui dire, couard que je suis. Lui, il s’accroche à ce qui reste de ses illusions, de son besoin de « nous » - plus que de moi - en vie ; sur ce coup, j’ai bien une paire de couilles et m’en sers manière hétéro : courage, fuyons !
- J’en conclue que si je ne suis pas capable de me maquer avec un mec comme Vince, jamais je ne trouverai un gars plus doux, plus aimant. Je me vois finissant seul, en pauvre tafiole vieille et aigrie ; Bridget Jones version HéPiC (ouais, enfin j’avais pas Hughes GRANT en face non plus ! ) Mon besoin de l’autre est impossible à rassasier, mais mon besoin de solitude est cannibale de mon besoin de l’autre, pas facile comme équation (dire qu’il va falloir que je paye un psy pour redire tout ce que je sais déjà !)
- 24 janvier : je propose à Jay de l’accompagner en voiture à Orly - « c’est plus sympa » - pour ses quinze jour de vacances en solo en Dominique. «Ils sont plus de deux mille et je ne vois qu’eux deux»? Il n’y a pas Brel, il n’y a pas Bécaud, mais ni Jay ni moi ne comprenons vraiment pourquoi nous ne partons pas ensemble.
- 28 janvier : courriel de Jay « prends le premier avion et viens me rejoindre, tu me manques »; interloqué, je décline ; quelque chose se résonne quand même au dedans de moi
- 2 février : une bière au Trésor avec Lionel. J’me sens vieux, décalé face à lui qui aurait vraiment pu être un très bon pote si je m’étais fait violence à sortir de ma coquille. Echanges sur notre besoin de militantisme. Je le trouve toujours aussi beau. Au sortir du bar je me sens déprimé : l’effort qu’il m’a fallu déployer pour « socialiser » avcec Lionel est au delà de mes forces ; je comprends que je suis vraiment dans une spirale dépressive dont il sera compliqué de sortir.
- 3 février : déjeuner avec Isa rue Malar dans le 7°. Isa « m’opère », comprend tout, sent bien que je vais mal, mais me dira plus tard combien elle s’est sentie dépourvue pour me venir en aide.
Pendant tout ce temps, au bureau, je fait le clown, j’assure mes dossiers.
- 5 février : «dîner-en-ville» sur les perpectives au travail , le ton est libre, cet entretien consacre mon ancrage dans la société, je n’en tire que du bon.
- 7 février : une demi-douzaine de mecs sont venu se faire baiser chez moi. Le dimache, Jay revient de Dominique : je l’accueille à l’aéroport un peu décontenancé : qui suis-je vraiment venu chercher, mon ex ? mon futur mari ? un pote ? Rien de clair. Il passe l'après-midi chez moi, le temps que son appartement se réchauffe, sieste un peu ; il ne se passe rien, je ne le veux pas. Nous retrouvons d’instinct notre ennui conjugal coutumier ; il veut sortir dîner, je n’en éprouve aucun besoin ; il rentre chez lui. Je rappelle Clément, un plan cul que j’apprécie particulièrement et nous partageons un moment de tendresse intense. J’ai vécu ma tendresse pour Jay par procuration.
- 10 et 11 février : j’annule systématiquement tous mes déjeuners et dîners. Envie de voir personne. Déprime +++. Ce n’est plus une spirale de la dépression, c’est le vortex du cyclone dépressif. Je n’y peux rien, vous : non plus. Ici aux Charmilles; ils appellent ça un trouble du comportement sur une personnalité sensitive, c’est joli, non ,
- 12 février : Cathy annule son déjeuner avec moi et j’en suis soulagé ; vivre me tue ; aimer les gens qui m’aiment me bouffe une énergie incroyable. Premières idées suicidantes.
- week-end des 13 et 14 février : RIEN. Je décline toutes les invitations ; enfin en même temps il n’y en avait pas des masses. avec le caractère que je me traîne, je baise a minima à Berthier 4/6 mecs, je ne sais plus. Je refuse le premier rail de coke qui m’est offert depuis le départ de Jay. Je suis fier de moi ; seul, je suis sorti de cette merde ; je mets un nez dans les retards administratifs et financiers de toute sorte, ait le sentiment que les chiffons de papier me tueront. D’ailleurs c’est décidé, ils me tueront.
- 16 février : je dîne avec Bruno de Grobois, puis à 22 h 30 : j’envoie un texto à ma toubib de ville pour qu’elle m’aide à trouver une structure de prise en charge ; je poste sur FB «traverse un moment de découragement absolu»
-17 février, 4 heures 30 du matin : sur ma demande un toubib de SOS médecin indique le traitement mis en place après que je l’aie appelé et mentionne mon désir de prise en charge : à aucun moment il n’est question d’hospitalisation d’office. Jay est là. Message à Cathy. Je poste sur FB « comme un arrière goût de juillet».
-18 février : première vraie TS. Pris en charge par les pompiers, orienté sur les urgences de Bichât ; je tombe sur un psy compliant qui s’arrange pour me trouver une place à la clinique Montsouris ; j’arrive à la clinique : scène d’hystérie entre patients, je signe une décharge et rentre chez moi.
-Samedi 20 février : 2ème TS, la plus sérieuse. Coma. Admis en réanimation à Lariboisière ;
- 22 février : sortie de Lariboisière : une place m’est trouvée à la clinique de Crosnes sauf que les incompétents en charge de la réservation des VSL oublient ma prise en charge : je ne serait pas transféré dans les temps ; de colère, j’appelle Crosnes, libère la place et rentre chez moi. Je «licencie» dans la foulée mon psychanalyste.
- nuit du 22 au 23 février : nouvelle TS. Le psy de Bichat, dans un premier temps compliant tente de me faire admettre à Crosnes. Echec. Puis à Montsouris : accord est donné, le VSL est réservé ; Jay intervient pour s’opposer à mon hospitalisation en secteur libre et signe une «hospitalisation à la demande d’un tiers» ; Je ne le lui pardonnerai pas, sachant l’état de désolation de l’hospitalisation publique pyschiatrique en France.
- Je suis transféré quasiment nu des urgences de Bichât au 6ème étage de Henri Ey, secteur ferme, grands psychotiques ; me retrouve seul lucide parmi de grands schizophrènes. La procédure suivie par l’administration est illégale puisqu’elle m’a enfermé au 6° pour des commodités de services ne disposant plus de place dans le service adéquat.
- «Mon réseau» prend le relais de Jay, dont je n’aurai plus aucune nouvelle après qu’il ait signé l’HDT «le plus bel acte de sa vie», dixit lui [j’avais assisté à des débats homériques sur l’HDT de son père un an avant !, question de principes, pas possible, etc.] ! Un médecin psychiatre mais intelligent comprend que je n’ai pas ma place dans cette structure et me trouve une chambre aux Charmilles ; j’y arrive dans la même journée à 16h30 en ayant pris le soin de m’occuper moi-même de la réservation du VSL.
18:36 Publié dans chapitre 3 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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