03.03.2010

Les diarrhées nécessaires

post censuré en partie à la demande de connaissances sensibles

Le docteur de Mesle est un homme très courtois, de bonne famille, aux manières convenues et convenables. Nous nous entendons très bien et je pense que notre coopération peut-être fructueuse. Notre coopération certes, mais pour quoi faire ?

Aller mieux ? Quel leurre ! Le docteur de Mesle n’aborde pas même cette perspective dans nos entretiens. Convenons donc que pour le moment nous échangeons des propos d'honnêtes hommes !

Il m’a visité fort tard hier, il était onze heures du soir passés. Aujourd'hui, le docteur de Mesle est de repos, j’ai rencontré son assistante, de dix ans ma cadette. Le contact est très moyen : je doute pouvoir lui reconnaître une légitimité à intervenir dans la phase d'analyse en cours, son seul mérite sera de combler l’espace vacant des deux jours de congé de Mesle.


Il n’est donc pas question pour moi d’aller mieux ; il s’agit de mourir plus sereinement, en gâchant le moins possible la vie de mes proches par des tentatives de suicide récurrentes dignes de Zaza Napoli, en suçant deux boites de bromazepam puis en passant de pathétiques coups de fils d’adieux.


Je me fais peine, souvent, vous savez !


La solution je la sais : c’est de cesser de jouer le résistant à la colonisation de mon corps par le virus VIH quotidiennement. Je dois abdiquer à la manière qu’on le faisait pour les véroles de grand-papa, les coloniaux de la grande époque, syphilitiques jusqu'à la moelle !


J’ai les moyens d’un suicide par abstention : je n’ai même pas à poser un préavis de grève de thérapie. En un an ou deux ça sera plié et personne n’aura eu son mot à dire.


Pour l’heure, prenant deux fois par jour mon traitement, je vote deux fois OUI à un référendum pour cette chienne de vie. Depuis 18 ans.


Pas de traitement = une charge virale qui explose, des CD4 qui chutent, des maladies opportunistes qui se feront un plaisir de trouver le courage que je n’ai pas vraiment. Le cancer de l’an passé n’était qu’un amuse-gueule, ou plutôt un «agace-cul».


La même année dernière, j’ai manqué de justesse jouer la carte de l’hépatite C. Faut dire qu’il était magnifique mon prince de far far away, ce beau brun aux yeux bleus, aux muscles puissants, de quinze ans mon cadet. Il m’appelait «son vioque» et m’avait refilé le cadeau lors d’une séance de baise particulièrement virile, mais pas inintéressante. On avit causé équerre ensuite.


Co-infection VIH-VHC : bonnard pour l'Hépic ! Le cas était réglé. Sauf que j’ai eu la malchance de faire partie des 20 % de séropos qui évacuent le virus mystérieusement. La tuile.


C’est précisément ce mois-ci que mes meilleurs potes (je les considérai comme tels) , PVA, Nico et Flo m’ont rayé de leur entourage. Non sans raisons valables sans doute puisque ce sont les leurs. Je leur l'accorde qu'il n'es pas drôle de fréquenter un pédé drogué malade... C'est pas drôle quand il ouvre sa gueule pour dire ce qui cloche dans la relation entre "le groupe. Ce jour là, en cascade j'ai été viré de 10 pages de facebookers, dont un bon tiers sont membres de confréries ou fraternité et solidarités en sont soit disant les deux mamelles nutritives. Puéril mais redoutable : plus d’invitations, plus de sorties.


Le goût de l’isolitude qui revient. Pédé, séropo coinfecté, le nez dans la coke avec la volonté solitaire d’en sortir mais l’opposition résolue de mon conjoint. Je gère des problèmes de tune interminables noués il y a dix ans et pas arrangés par la colombienne.


Mais j'ai décidé de lutter, de reconquérir un sens pour mon histoire, une dignité pour ma personne, et de revoir les règles de ma gouvernance. Pour résumer, j'ai décidé d'être libre plutôt qu'heureux (DZ)


J’ai réalisé l’égoïsme infini du milieu gay parisien, ses facettes grégaires inaccomplies excluant toute notion de solidarité et classifiantes fuckable / unfunkable.


Pédé ! Connais ton meilleur ennemi : tous les matins, en te rasant.


A cette époque Hervé Gaucher est mort du sida, et je crois que c’est Thomas Doustaly qui a fait un bon papier dans Têtu. Mourir du sida en 20008-2009, c’était déjà pass RNB, crever du sida en 2010, c’est en solo, comme Mano.


J’ai compris que si je ne voulais plus subir, je devais tuer d’abord. J’ai pris les pailles de mon ex mec, sa coke et son sac à dos et je l’ai viré sans me soucier où il allait dormir ; chacun sa merde. Six ans de vie commune, ce mec vient de perdre père et mère, je le fous dehors. Le salaud,à ce moment précis : c'est moi et je le sais. J’endosse le costume avec brio. On m'a encore fait remarquer hier soir que le vert- de-gris, me seyait bien.


Que me demande-t-on aujourd'hui ? d'être reconnaissant à un tiers d’avoir « sauvé ma vie » : mais j'en veux pas de cette vie ! Bordel !


Je peux pas pardonner parce que je l’ai trop supplié ce conjoint de ne plus ramener de coke à la maison, parce que que par trois fois me suis retrouvé aux urgences vitales en arythmie ou tachycardie délirantes.


Je ne savais pas dire non quand je sentais la blanche à la maison. Je savais où il la planquait. J'étais devenu un vrai clébard renifleur.


Je peux pas pardonner parce qque cet hommel n’entendait pas mon besoin de sanctuarisation de l'espace commun. C’est un peu comme si un couple alcoolique s'était défié pendant un an de ne pas boire en ramenant chacun chaque jour sa bouteille de gnôle.


J’ai au moins gagné ce combat : je suis clean aujourd’hui et ça, je ne le dois qu'à moi, sans aide ni médicamenteuse, ni de psy, ni rien. Juste un instinct de conservation (j'ai pas dit de survie, c'est là qu'il y a contradiction)


J’ai viré ce garçon au prix de brisures infinies. A mon sens (certes défaillant) ce gars était donc la dernière personne à pouvoir signer un «HDT» qui s’est terminé par une hospitalisation d’office de trois jours au 6ème étage de l’Hôpital Henri Ey. Et si Henri EY n'est aux services psychiatriques ce que Clairvaux est à la pénitentiaire, c'est bien un hôpital publique pour psychotiques lourds et ça restera pour moi une expérience traumatique sévère, d'autant plus qu'une alternative existait en clinique "soft" mais que mon ex a exigé que je sois hospitalisé dans le service public "hard".


J’ai conscience de mettre en risque une bonne partie de ma carrière professionnelle en déballant tout cela, là, mais j’ai plus le choix, c’est une question de survie, et survivre, c’est ce que vous voulez pour moi, non ?


Hier, mon ex m'a écrit que cet acte (l’HDT) était « le plus beau, le plus aliénant, et le plus foudroyant » de son existence. (NDLR : les fautes ont été corrigées par compassion)


On m'interdit les commentaires.


Ne me reste que l’autoflagellation, ravaler ma fierté et rester le plus longtemps possible aux Charmilles.


A tout bien réfléchir : c’est bien fait pour ma gueule. J’avais été prévenu. J’ai installé un mec chez moi en moins de 15 jours soit disant logisticien pour Médecins du Monde, en partance pour Rio. J'apprit beaucoup plus tard que mon ex était en galère, sans moyens de subsistance.


Je suis colère.

Je suis colère d’être entré dans cette histoire sans avoir jamais été vraiment amoureux de ce garçon, et qui m'a confirmé que l'exacte réciproque était vraie.

J’suis colère parce que feu se père, jusqu'à son dernier souffle a tenté d'éteindre qu’il restait en vie et que pour ma part, il y est parvenu.


Je trouve injuste de passer à mon tour pour le bourreau-de-ce-pauvre-garç

on-qui-m’a-sauvé-la-vie. En plus il m’a ramené à une vie dont je ne veux plus. J’éprouve dorénavant le syndrome de Scrat dans l’âge de Glace lorsqu’il parvient au Gland suprême et qu’il est rappelé à la vie !

Rendez-moi mon Gland !


BQ (Bulletin quotidien, comme promis)



J’ai décidé de fondre les BQ dans l'Orée du fou :


Humeur donc morose toute la journée malgré la visite de Gisèle et de son sourire ; en voilà encore une qui est tombée de sa chaise quand elle a découvert que HéPiC était en fait un garçon isolé, sans trop d’amis, qui n’hésite pas à claquer 20 € pour passer, après la messe, le dimanche au bordel pour baiser par désoeuvrement. Je ne sais plus disait que ce qui distinguait l’homme de l’animal était que l’homme mangeait sans faim, buvait sans soif et baisait sans envie. La formule, du 18ème si mes souvenirs sont bons, me semble rester d’actualité.


Puis furent trois heures administratives réglementaires : avec la Compagnie d’assurance pour la réparation des dommages causés par l’intervention musclée de la Brigade des Sapeurs Pompiers de Paris. Coup de bol, je suis tombé sur une «assureurse militante» disposée à me simplifier la vie ; qu’elle en soit remerciée.


Ce mercredi a aussi été marqué un combat contre des chiffons de papier : j’ai tenté en vain de comprendre pourquoi Orange souhaitait que je paye une troisième fois une facture déjà réglée avant, de guerre lasse, de lâcher une nouvelle fois le code de ma CB à l’agent au bout du fil, de crainte de n’avoir, à mon tour, son suicide sur le dos.


J’achevais enfin cette journée en établissant deux chèques conséquents à Monsieur le Trésorier payeur du 17ème arrondissement, le remerciant au passage de sa décision implicite d’acceptation de délais de paiement puisqu’il ne m’a pas, jusque là, collé les corbacs au cul.


Je crois que c’est là la seule conclusion possible de ce billet est que je ne suis pas un garçon très malin. Touchant peut-être, mais conne, sûrement !

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