02.03.2010

Ego

Ego.

Vous me nommerez HéPiC, acronyme de mes patronymes.

L'orée du fou devait être un bouquin... puis un blog. Mais des blogs, j'en ai tenu pendant des plombes, vous me lisiez, vous m'adoriez (Essayer encore, Epektasis, etc.) Pour vous, j'étais Phil, pour moi, vous étiez le fil.

Sans fausse modestie, je reste dans le top vingt des blogs des pédales ou quasis pédales parisiennes des années 2000. Bon d’accord, c’est une niche mais pas pire que celle des 16 tocards qui se prennent pour des fermiers au fin fond de l’Afrique, ce qui est une injure même au métier d'agriculteur.

J’étais de ceux qui ont animée la fameuse blogosphère parisienne avec Lionel, Brad Shaw, Demonz, Mort ou Vif, Creaminal, Clown Barbare (désolée Graz de te ranger au rayon gay), Erik Rémès, Soleil Même (idem Cécile, ton hétérosexualité ne t'exonère pas du Rayon) Nightcrawler, Matoo, Salades composées, Vu d'en Face, Buel...

Moi, j'ai commencé à écrire en 2003 et cela continue toujours plus ou moins sur Epektasis. Sept ans de production épistolique (sic)... L'âge de raison. Souvent cru mais jamais vulgaire ni trop couture, j’ai pendant tout ce temps protégé les miens du récit de ma vie parisienne, de mes nuits fauves, de mes fins de mois qui débutaient le jour du versement de la paie, de mes amours calamiteuses, et de mes amitiés mitées (pas toutes, heureusement).

Pendant ce temps, on s'est aimé, on s'est lu, on s'est injuriés, on a couché, on s'est rencontrés, on s'est déçus. On a vécu et il restera ces traces de nous en vie, ces traces de nos vies.

J'aimais bien ce que disait PaCa du blogging: c'est de la « littérature solidaire », directement du producteur au consommateur, sans fric quand tant de mauvais auteurs gagnent leur vie avec de la merde en pavés. Pourquoi quelques bons polémistes, ou quelques fondamentalistes du bien rédiger ne pourraient pas aguicher le sens critique des masses en écrivant gratis ?

Putain ! Gros mot ! J’ai écris Ecrire.
Ben ouais, même si je ne suis pas Céline, même si je ne serais jamais Guibert, ni Dustan, HéPiC revendique sa place dans les seconds rayons, à l’arrière des bibliothèques, là où l’on range les monographies des villages auvergnats photocopiées ou ronéotypées, de ces mémoires vernaculaires. Ben voilà, c’est ça, l’Orée du fou, un témoignage vernaculaire sur la fin du sida à Paris en 2010. Pas d’autre prétention.

Aujourd’hui, je tombe le voile, et je publierai sur ma page Facebook, mais pas directement sous mon nom ! C’est très blonde attitude. Et puis HéPiC, j’aime bien comme nom de scène, d’abord parce que cela veut dire que j’endosse un costume, que fiction et réalité resteront entremêlées. Vous ne saurez donc jamais vraiment ce qui est VRAI de ce qui ne l’est pas. Et puis du porc-épic à l’épopée épique, tout me va.

Ce pseudo-pseudonyme est aussi un cache sexe dans un monde (celui de la rue !) qui est capable dans le même temps d’honorer par des tee-shirts un trader qui a planté 5 milliards d’euros sans même qu’un pauvre en profite, dans un monde où l’on considère qu’il est de bon ton de collectionner les mises en examen aux côtés des bleuets, des rosaces ou du poireau (Solférino et la Boétie, même combat)

Quand une famille compte parmi ses membres un dépressif lourd elle est désabusée, démunie. Elle souffre et le dépressif culpabilise de la souffrance qu’il inflige à sa famille. Il se créé, en quelque sorte, une souffrance de plus.

J’ai quarante ans dont dix-huit partagés avec le sida. J’estime donc avoir à peu près 58 ans. Je viens de frayer avec la mort une nouvelle fois. C’est une drôle d'histoire entre elle et moi : on se cherche, on s’évite, on se renifle comme deux chiennes.

Sans dramacouinage, je sais que je rentre dans l’ultime phase de ma maladie, parce que même si «ça ne se voit pas», mes kilotonnes d’antiprothéases m’ont bien ravagé les viscères ; et puis je ne sais plus si j’ai vraiment encore envie de me battre comme un chien. Je suis fatigué, j’éprouve le syndrome de Richard Brown, Mrs Dalloway !

Soyons lucides, trois tentatives de suicide ratées en deux semaines, un internement en service psychiatrique lourd - certes en dehors du respect scrupuleux de la légalité, et , il faudra bien que je règle ça avant de crever, histoire d’être à la hauteur de ma réputation ; - cinq tentatives d’autolyse lamentables en deux ans, et peut-être bien sept ou huit depuis 18 ans.

Si je compte bien, je tente de me tuer une fois toutes les trente semaines. J’y parviendrai donc bien un jour. En attendant, et à côté des démarches thérapeutiques, ou préventives que j’ai activées - et je dis bien que j’ai activées, j’éprouve le besoin de tenir ce journal de bord de ces semaines d’internement en clinique psychiatrique. D’abord parce que je crois que la société est plus forte contre les maladies lorsqu’elle leur donne des visages, ensuite parce que je suis de tout coeur avec Pierre Bergé : le rapt du Téléthon sur la générosité publique ampute les programmes de financement au profit d’autres maladies : notamment la question de l’isolement et du vieillissement précoce des séropositifs, en France mais aussi en Afrique, Continent «géno-sidé»

Voilà donc projet que je vous propose : L’orée du fou. Que les membres de ma famille m’accordent leur indulgence, ils vont découvrir un frère, un oncle dont ils n’ont sans doute jamais imaginé à quel point il était mal dans sa vie, dans sa ville, dans son histoire se sentant posé là, par hasard dans le meilleur des cas, par erreur dans le pire.

Pour finir : j’ai légalement le statut de rédacteur en chef de cette page, tous les commentaires seront modérés. Enfin, sur simple demande, les référencements systématique aux personnes disposant de pages Facebook seront aussi supprimés. En préventif, vous pouvez déjà m’indiquer en privé si vous refusez d’être mentionnés (s’adresse essentiellement aux anciens bloggeurs).

Commentaires

Tu me surprendras toujours, pour le meilleur.
Pour le pire, j'apprendrai à te connaitre HéPiC.
Pense quand même à ceux là qui t'aiment, comme ils le peuvent.

Écrit par : BCC | 10.03.2010

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